Pourquoi n'écris-tu que de la fiction ?
Ce n'est pas exact. Il m'arrive d'écrire d'autres choses. De la poésie par exemple. Il m'arrive aussi d'écrire des textes argumentatifs, qui, en général, ont une vie brève. Je prends également des notes sur mes lectures. Il y a l'une ou l'autre tentative de texte philosophique, des aphorismes, parfois assez obscurs.
Mais il est vrai que je ne publie que de la fiction ou de la poésie. J'entends par publier, mettre dans l'espace public en le destinant à tous. Il ne s'agit pas seulement de le laisser accessible à tous, mais d'en faire un minimum de publicité pour inciter les gens à le lire, même si je ne suis pas doué pour cela.
Ainsi, par exemple, j'entre en conversation par une suite de commentaires sur un réseau social en ligne quelconque, je n'en ferai pas la publicité, je ne considère pas qu'elle soit publiée, même si tout le monde peut y avoir accès. Cela n'aura pas plus de valeur à mes yeux qu'une discussion de café : tous ceux qui sont présents pourront m'entendre ; pour autant, je ne tiendrais pas là une tribune destinée au monde entier.
Seuls mes textes relevant de la poésie et de la fiction sont destinés à être publiés dans ce sens. Certains d'entre eux comportent de forts accents philosophiques, mais ne relèvent pas de ce genre à proprement parler.
Le philosophe, quand il écrit, presque toujours, tente de rendre son texte univoque. Il y a des exceptions, des auteurs comme Guy Debord, qui assument la multivocité de leurs écrits, la cultivant même pour donner une force et une portée plus grande à leurs idées. Il y a, pour ceux-là, une conception, sinon plus élaborée, du moins plus retorse de la vérité. Mais, dans tous les cas, il y a la tentative d'exprimer une vérité. Il me semble qu'il y a là une erreur.