3.
Arrivé au troisième jour, après avoir relu ce qu'il avait écrit la veille, il eut un moment d'hésitation. Il regardait la page blanche, se demandant comment poursuivre. De quoi allait-il parler ?
Il sourit. Il pensa qu'il n'avait jamais éprouvé l'angoisse de la page blanche. Il lui était arrivé, certes, de devoir ou de vouloir écrire mais de ne pas savoir quoi, mais ces situations n'avaient jamais été source d'anxiété pour lui. Il se souvenait avec une fierté potache de quelques copies blanches qu'il avait rendu crânement pendant ses études de philosophie lorsque le sujet ne lui convenait pas.
Il se dit que, s'il n'avait pas ressentit cette angoisse, la cause en était peut-être à chercher du côté de l'absence d'enjeux réels. Aurait-il été plus effrayé de son manque d'inspiration s'il avait eu besoin d'elle pour se nourrir ? Pourtant, il lui était arrivé d'écrire pour vivre pendant quelques années, sur un sujet technique, il est vrai, et non sur un sujet littéraire. Mais l'inspiration ne lui avait jamais manqué alors. Il avait accumulé plus d'idées d'articles qu'il n'avait pu en traiter, et de loin.
Non, ce qui l'angoissait dans l'écriture n'était pas la page blanche, mais la page noircie.