R.2

25Juin2019

Il écrivait maintenant à son travail.

2.

Il écrivait maintenant à son travail. Difficile pour lui de trouver un meilleur moment qu'à la pause méridienne. Le problème était qu'il avait besoin d'une absolue solitude. Lorsqu'il était chez lui, avec sa famille, il était incapable de désirer seulement cette solitude. A quarante-cinq ans, il savait que la plus grande part du temps qui lui était allouée à vivre était écoulée. De tout le temps qui lui restait, celui passé avec sa famille lui était le plus précieux. Hors de question de le sacrifier pour écrire. Et quand il n'était pas avec sa famille, il travaillait dans un bureau. Peu de moments ne tombaient pas dans une de ces deux catégories — famille ou travail. Et aucun ne convenait à écrire proprement.

Il avait alors imaginé d'écrire salement. Il s'était acheté un carnet que, désormais, il avait toujours sur lui ou à portée de la main. Il espérait ainsi pouvoir écrire n'importe quand, dès qu'il aurait quelques instants où il pourrait s'isoler mentalement assez.

La pause du déjeuner lui offrait quelques dizaines de minutes qu'il pouvait exploiter pour cela. Elles étaient loin d'être parfaites — il pouvait être interrompu sans préavis ; la solitude était loin d'être totale et il devait user d'artifices tels qu'un casque stéréo pour éloigner ses collègues de sa conscience.

Écrire dans de telles conditions était pour lui un véritable défi, mais il tenait à le relever. Il lui fallait s'il tenait un peu au sens qu'il avait inventé à son existence.

Il se fixa un objectif : écrire, chaque jour de travail, deux pages dans son carnet.