R.5

2Juillet2019

Certains jours, comme celui-ci, il n'avait pas envie d'écrire.

5.

Certains jours, comme celui-ci, il n'avait pas envie d'écrire. Il avait alors tendance à procrastiner, retardant le moment de reprendre la plume. La pause méridienne prenait alors de l'ampleur, pour peu qu'un sujet de conversation émergea. Il lui restait alors peu de temps pour écrire. Mais, malgré le manque d'enthousiasme du moment, il était bien décidé à poursuivre.

D'une certaine façon, il ne voyait pas d'autre solution.

Il relut à nouveau ce qu'il avait écrit la veille. La volonté des mots. Voilà l'idée qu'il n'avait pas voulu expliquer, à parti de laquelle il avait bifurqué. Il lui semblait qu'il fallait construire un paysage pour la faire bien comprendre, que de simplement en donner une explication ne permettrait pas d'en cerner la profondeur. Il serait par ailleurs facile d'en donner une idée si approximative qu'elle lui en paraîtrait fausse, qu'il aurait nécessairement le sentiment d'être mal compris.

Il lui vint une idée qui lui parut folle mais séduisante : et si les mots, armés de leur volonté, s'opposaient à lui, cherchaient à l'empêcher de dire qu'ils avaient une volonté, à l'empêcher de dévoiler qu'ils ont leur autonomie. Comme s'il y avait un complot des mots pour que ne soit pas dite leur véritable nature.

Il identifia cette pensée comme paranoïaque. Mais cela suffisait-il à l'invalider ?