6.
Un seul impératif, écrire !
Il se vit soudain, entouré, encerclé de mots qui s'apprêtaient à s'emparer de lui, à se repaître de sa chair, pour ne laisser de lui qu'une coquille vide, sans âme, sans vie.
Pour les combattre, il n'avait qu'une seule arme : les mots eux-mêmes. Il fallait les empêcher de s'approprier sa volonté. Il fallait leur refuser leur fausse générosité, tous les cadeaux qu'ils prétendaient lui faire. Il fallait toujours nourrir le soupçon à leur égard et refuser leur pacte.
Soumettre continuellement les mots à la Question. Les torturer, non pour les faire avouer ou trahir, mais pour les faire renoncer, les laisser sans aucune autre vie que celle que l'on veut bien leur insuffler — moi, auteur et toi, lecteur.
Nous sommes des structures logiques. Disant cela, un point essentiel se dissimule : nous sommes des structures logiques plongées dans le temps.
Deux sortes d'êtres perdurent : ceux dont la structure est si solide que les conditions de leur destruction se rencontrent rarement et ceux dont la structure se modifie de sorte qu'ils se maintiennent à l'existence malgré l'évolution des conditions.
Ces derniers ne le font pas exprès — tout d'abord.